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Tuesday, February 22, 2022

Point méditation : 2022

Depuis mon dernier point en 2020,  j'ai continué à méditer de plus en plus régulièrement : 338 fois en 2020 et 364 fois en 2021. Oui, 364 fois, pas 365 fois. J'ai oublié de le faire un soir. J'avais probablement prévu de méditer juste avant d'aller dormir, puis ai oublié de le faire. Depuis, j'essaie d'éviter de méditer juste avant d'aller au lit. Le contexte n'est de toute façon pas optimal, la fatigue rendant la concentration plus difficile.

Même si je médite désormais tous les jours, mon but reste en réalité de méditer "plus ou moins tous les jours" : dailyish, comme l'explique Oliver Burkeman. C'est juste qu'en pratique, j'aime prendre le temps de m'arrêter de faire ce que je suis en train de faire, m'assoir et me concentrer sur ma respiration, mon corps ou une voix. Cela me fait du bien. Donc je me retrouve à le faire tous les jours, sans vraiment que ce soit un véritable effort. Il m'est également déjà arrivé en 2022 de méditer plusieurs fois un même jour.

Le but, ces dernières années, était d'intégrer un peu plus la méditation à ma vie de tous les jours. Avec un enfant en bas âge, c'est important. J'en suis donc arrivé à varier la durée de mes sessions, ainsi que leur contenu, plutôt que m'astreindre à une durée et une technique fixes. En moyenne, ces deux dernières années, je médite un peu moins de dix minutes par session.

Quant au contenu, il m'arrive très souvent de méditer juste avec un timer. Le reste du temps, j'utilise toujours l'application Waking Up de Sam Harris, mais en suivant des séries de sessions, plutôt que la méditation du jour de Sam : Effortless Mindfulness (Loch Kelly), Consolations et Contemplative Action (David Whyte), The Spectrum of Awareness (Diana Winston), The Stoic Path (William B. Irvine) et The Koan Way (Henry Shukman).

Certaines de ces sessions sont des méditations guidées au sens où on l'entend généralement. D'autres sont plus des sortes de cours (par exemple celui sur le stoïcisme) ou des essais à consonances poétiques (David Whyte). J'ai donc appris que la méditation n'était pas forcément ce à quoi on peut s'attendre : être pleinement conscient d'une personne qui parle est déjà un exercice de méditation, quoique l'on parlera peut-être plus de mindfulness dans ce cas.

Sam rapporte d'ailleurs que certaines personnes se plaignent qu'il parle trop durant ses sessions. Il explique donc régulièrement que c'est voulu. Méditer, c'est s'entraîner à être pleinement conscient quoi qu'il arrive. Idéalement, on essaiera d'être bien assis, dans un endroit calme, mais il devrait être aussi possible de le faire en étant mal installé (mon cours vipassana insistait bien sur ce point !), dans un endroit bruyant. Ou, en l'occurrence, en présence d'une personne qui parle en continu.

Enfin, quant à l'utilité de la méditation, ces deux dernières années ont coïncidé avec les 2 et 3 ans de mon fils, donc avec une période de crises assez violentes. Difficile de savoir comment j'aurais vécu cette période sans méditation, mais j'ai l'impression que s'entraîner quotidiennement à accepter ses émotions (positives ou négatives) aide à rester plus patient face à un être qui, lui, est complètement débordé par ses émotions négatives (colère, frustration, tristesse, etc.).

De ce point de vue, je considère la méditation comme un outil très utile pour apprendre à mieux se connaître et donc, au final, à mieux vivre.

Thursday, December 17, 2020

La méditation rétrospective

J'écris un journal intime, sous une forme ou sous une autre, depuis 27 ans maintenant. Il y a deux ans, je me suis mis à relire, chaque jour, ce que j'y ai écrit il y a dix et vingt ans. C'est un exercice qui fait maintenant partie de mon rituel quotidien. Ce que je lis est parfois drôle (certains rêves absurdes que je décris en détails, par exemple). Souvent, c'est la routine du quotidien qui ressort. Enfin, d'autres fois, je me surprends à réaliser que j'ai totalement oublié certains épisodes entiers de mon existence.

J'ai toujours eu un certain intérêt pour le passé. Pour mon passé, en fait. J'ai des phases de forte nostalgie. Pas trop souvent, mais cela m'arrive encore de temps en temps et je tends à penser que cet attrait pour des choses qui se sont passées il y a longtemps n'est pas toujours sain. Je me dis par exemple que le temps que je passe à penser à moi-même, je ne le consacre pas aux autres. Ni à des activités plus créatives/constructives.

Il y a cependant une facette plus positive de cette pratique et je l'ai réalisé en lisant l'article "Retroactive Mindfulness" de Daniel Miessler, qui se demande : est-il possible d'être en état de pleine conscience (mindfulness, en anglais) par rapport au passé ?

Quand on parle de méditation, on pense souvent au moment présent, à la qualité de l'attention que l'on porte à ce qui se passe en nous et autour de nous. De même, dans le stoïcisme, il y a aussi cet accent sur la qualité de l'instant présent. Il s'agit d'apprendre à réagir le mieux possible face aux aléas de notre existence.

S'il y a dans le stoïcisme un regard naturel tourné vers le passé (apprendre de ses erreurs) ou vers des futurs potentiels (visualisation négative, etc.), cette attitude n'est pas aussi explicite dans la méditation. Je rejoins toutefois Daniel Miessler sur l'idée qu'il est possible de porter son attention sur le passé même dans un contexte méditatif :
"I wonder if we can replay our past as memories, and attempt to be mindful of both the stimuli and the sensations they caused. As observers. Not judges. Not victims. Not victors. Not someone enjoying fond or bitter memories. But as someone being present for the moment this time—as we weren’t the first time."
Et je réalise du coup que c'est un peu ce que je faisais ces deux dernières années, sans vraiment le réaliser, en relisant mon journal : contempler ce que j'ai déjà vécu, avec de la distance, mais aussi avec curiosité, une curiosité que je n'avais peut-être pas eue à l'époque. Dans un contexte psychothérapeutique, on parlerait peut-être d'une phase d'intégration des expériences (voire des traumas, dans certains cas).

Comme le propose Alain de Botton dans sa vidéo "How to Travel in your Mind", il est également possible de revivre des expériences passées (voyages, etc.) par la pensée rien que pour le plaisir. C'est un exercice relativement subtil, différent d'un simple accès de nostalgie, et que nous n'avons pas l'habitude de faire.

Ces approches sont à pratiquer avec modération, bien entendu, mais il me semble qu'il y a là quelque chose à creuser. La vie est courte. Pourquoi se contenter uniquement de ce qui se passe dans le présent ?

Sunday, March 22, 2020

Point méditation : début 2020

Fin 2019 et début 2020, j'ai définitivement repris goût à la méditation. Il m'arrive parfois de méditer sans application, mais je suis de plus en plus convaincu que le fait d'être guidé est une bonne chose, même après des années d'expérience. Cela correspond moins à l'image que l'on se fait de quelqu'un qui médite (tout seul, dans la nature, assis en tailleur, etc.), mais, au-delà des clichés, cela a vraiment un intérêt pour progresser.

J'utilise toujours l'application Waking Up de Sam Harris. Elle me correspond bien. Pour l'instant.

Je fais toujours des sessions de dix minutes, au lieu de quinze ou vingt minutes en 2017 et les années précédentes. Je pourrais, je pense, augmenter à nouveau progressivement la durée de mes sessions, mais l'application de Sam ne propose le choix qu'entre dix et vingt minutes. C'est une limitation qui me bloque un peu psychologiquement.

Une chose qui a changé, en une année, c'est que j'essaie de faire de la méditation metta plus régulièrement. En tout cas une fois par semaine, en principe, depuis septembre 2019. En anglais, on parle de loving kindness meditation. En français, on traduira cela par méditation de bienveillance, voire méditation d'amour bienveillant.

Si cela vous évoque des images des années 60 (des hippies, des fleurs et tout ça), c'est normal. Cela m'a fait la même chose lorsque j'ai découvert la méditation metta, lors de ma retraite vipassana en 2018. Et puis j'ai changé d'avis. J'ai peu à peu réalisé à quel point cet exercice était difficile et, donc, nécessaire.

En gros, il s'agit de développer, via un exercice de visualisation, sa bienveillance et sa compassion envers d'autres personnes, d'abord envers des gens avec qui c'est facile (des gens que l'on aime bien, naturellement, sans effort), puis envers des gens, disons, un peu plus problématiques... Enfin, il s'agira d'appliquer l'exercice à soi-même (très important). Ça n'est pas quelque chose que je fais (et que la grande majorité des gens font, j'en suis quasiment certain) facilement. D'où l'intérêt de s'entraîner, régulièrement.

Un des trucs pour développer un sentiment de bienveillance envers une personne "difficile", c'est d'imaginer que cette personne a aussi été enfant, un jour, qu'elle est le fruit de son environnement, de son parcours, de sa souffrance, etc. Mais c'est surtout le fait de l'imaginer enfant, qui me parle, ces temps-ci. S'imaginer qu'une personne a pu être "un enfant innocent", un jour, aide à être plus compréhensif, plus indulgent.

D'ailleurs, indépendamment de la méditation metta, il y a un autre phénomène similaire que j'ai remarqué : depuis que je suis père, j'ai plus tendance à voir les autres personnes comme "les enfants de quelqu'un". Quel que soit leur âge, avec un petit effort d'imagination, je peux me mettre à la place de leur père. À nouveau, c'est quelque chose qui a tendance à augmenter mon empathie.

Enfin, il m'est arrivé plusieurs fois de regarder la liste des cours vipassana de trois jours. Je pourrais être tenté d'en faire un, dans un avenir proche. Je n'ai encore vu aucune date qui pouvait me convenir, toutefois.

Sunday, March 31, 2019

Point méditation : début 2019

Depuis que j'ai commencé à méditer régulièrement en janvier 2013, il y a toujours eu des périodes où j'ai été moins assidu. Selon mes statistiques, les mois de juillet et août semblent propices à une baisse de régularité.

J'ai vécu un tel passage à vide de manière plus durable depuis ma retraite vipassana à la fin du mois d'août 2018. Au moins de décembre, par exemple, je n'ai médité que cinq fois. Rétrospectivement, je pense que j'ai peut-être fait un bloquage par rapport à l'application Headspace, que j'utilisais aussi depuis janvier 2013. C'est une application que je recommande chaleureusement, mais, après plus de sept ans, j'ai clairement eu besoin d'autre chose.

En 2019, je me suis donc mis à utiliser l'application de Sam Harris, Waking Up. Cela fait huit ans que je lis Sam Harris et quatre ans que j'écoute régulièrement son podcast. Je suis par conséquent familier avec les idées qu'il défend et je dirais qu'elles me correspondent globalement assez bien.

Pour l'instant, j'aime bien cette application. Elle a un côté bien plus simple que Headspace (et, j'imagine, d'autres applications grand public similaires). Pas de jolis petits dessins. Pas de vidéos. Le côté ludique laisse la place à quelque chose de peut-être légèrement moins abouti, techniquement, mais aussi à quelque chose de plus dense, de moins répétitif.

J'aime bien la durée des sessions de méditation. Dix minutes, ça correspond bien à ma vie actuelle (bébé de dix mois). Avec Headspace, j'avais longtemps fait des sessions de vingt minutes (2013-2016), puis de quinze minutes (2017-début 2018).

J'aime bien aussi le mélange de sessions de méditation et de leçons. La théorie présente des concepts bien plus complexes, il me semble, que l'application Headspace, qui restait un peu plus dans les idées générales, plus faciles à comprendre.

Bref, avec Waking Up, j'ai repris un peu goût à la méditation un peu plus régulière. On verra combien de temps ça dure et, surtout, on verra si l'application tient la route sur la durée. Pour l'instant, il me semble que la quantité de sessions guidées n'augmente pas et, s'il y a bien quelques nouvelles leçons de temps à autres, je ne suis pas sûr que cette fréquence sera suffisants à terme pour maintenir mon intérêt.

Saturday, November 24, 2018

Retraite Vipassana : après

Le texte qui suit est un compte-rendu de mon cours Vipassana de dix jours au centre du Mont-Soleil, qui a eu lieu du 22 août (jour 0) au 2 septembre 2018 (jour 11). J'avais déjà écrit à propos de mes attentes au mois d'août.

Résumé (tl;dr)

Je résume (très grossièrement, j'en suis conscient) : Vipassana est, entre autres, une technique de méditation de type body scan. Il existe une centaine de centres de formation à travers le monde dont le but est d'enseigner cette technique (selon l'enseignement de S. N. Goenka, décédé en 2013). Ces stages intensifs gratuits sont difficiles. Très difficiles.

Le centre

Le seul centre Vipassana de Suisse est situé au Mont-Soleil, au-dessus de St-Imier, dans le Jura. Il est nommé Dhamma Sumeru et existe depuis 1999. Le bâtiment était auparavant une colonie de vacances pour enfants. La salle de méditation, construite à l'extérieur du bâtiment, à l'arrière, est plus récente. Selon Le Temps, c'est le plus petit centre parmi les 187 qui existent à travers le monde (dont 83 en Inde).

Je n'avais jamais visité la région. La veille du début du cours (le "jour 0") et le lendemain du dernier jour de cours complet (le "jour 11"), j'ai visité les environs du centre. Il y a des vaches, des éoliennes, mais aussi une centrale solaire, ouverte en 1992, la plus grande d'Europe à l'époque. L'endroit est calme, bucolique, mais je n'en ai pas du tout profité durant le cours, durant lequel nous n'avions accès qu'à une petite zone devant le centre, durant les pauses.

Jour 0

La veille du premier jour de cours, donc, je suis arrivé au centre vers 15h00 et ai procédé à mon inscription. Il y avait un questionnaire à remplir, avec des questions plus ou moins normales, mais aussi des questions liées à la santé (physique et mentale) et à mes habitudes par rapport aux drogues (y compris l'alcool). Un peu étrange, mais je me suis prêté au jeu.

Je suis ensuite allé m'installer dans ma chambre. J'y ai croisé deux de mes camarades de chambre. Etant arrivé assez tôt au centre, je suis ensuite allé faire une petite promenade.

A 18h00, il y a eu un repas. Je me suis installé à une table, à côté de quelqu'un (Julien). Il n'était pas encore très clair dans ma tête si le silence était déjà de mise ou non. Je n'ai donc pas parlé. En fait, personne autour de nous ne parlait. Puis Fred et Nicolas sont arrivés et se sont installés à notre table. Fred, un "ancien" ayant déjà fait plusieurs cours, nous a confirmé que nous avions encore le droit de parler. Nous nous sommes donc présentés. Julien, comme moi, est suisse. Fred et Nicolas sont français. Nicolas venait de Paris rien que pour ce cours. J'ai appris plus tard qu'il n'était pas le seul à avoir fait un assez long voyage jusqu'au centre. Nous avons partagé nos attentes, nos craintes, etc. J'ai beaucoup apprécié cette discussion, qui a tout de suite rendu plus humaine l'expérience que j'étais en train de débuter.

A 19h00, il y a eu une réunion d'information dans le réfectoire, assez bon enfant. Puis la période de silence a commencé et, à 20h00, nous avons eu notre première session de méditation, dans la salle de méditation de groupe. A 21h, il était possible de poser des questions à l'enseignante, comme tous les soirs qui allaient suivre, ou alors d'aller se coucher, option pour laquelle j'ai opté.

Le réfectoire

Le mobilier de la pièce est assez vieillot. Depuis le jour 1 jusqu'à la matinée du jour 10, cette pièce a été coupée en deux par une cloison : les femmes d'un côté, les hommes de l'autre. La majorité des places sont installées face aux fenêtres. Au début, cela fait bizarre d'être assis à côté de personnes sans pouvoir ni leur parler ni les regarder, puis on s'y habitue. Cela en devient presque libérateur. Pas besoin de trouver un sujet de conversation. On peut se concentrer sur la nourriture. On nous avait promis une cuisine "végétarienne simple". C'est ce que nous avons eu. C'était tout à fait correct. Rien de gastronomique. On est très loin des meilleurs restaurants végans de Berlin ou New York que j'ai fréquentés ces dernières années, mais j'ai entendu plusieurs échos positifs de personnes non-végétariennes (qui s'attendaient à pire, apparemment). Le petit-déjeuner (6h30) et la collation (17h) étaient identiques de jour en jour. Seul le déjeuner (11h) changeait. Il y avait du lait de vache, mais aussi du lait de soja. C'est plutôt rare. Je me suis senti un peu comme à la maison...

Les chambres

J'espérais vaguement avoir une chambre individuelle, mais ce privilège est réservé aux étudiants les plus âgés, si je comprends bien. J'étais donc dans une chambre avec trois autres personnes (Karim, Marius et Thomas). Nous avons pu brièvement nous présenter le jour 0, avant la période de silence, puis discuter après la fin de cette période, le jour 10. Les chambres étaient simples, mais confortables. J'avais apporté mon oreiller, ainsi que des bouchons pour les oreilles et un masque pour les yeux, qui ont parfaitement joué leur rôle. J'ai mal dormi la première nuit, puis bien mieux toutes les autres nuits, à l'exception du soir du jour 9. La personne la plus proche de moi (Thomas) avait les mêmes horaires que moi : nous dormions peu après 21h et nous levions aux premiers coups de gong à 4h (à l'exception de deux fois où je n'ai pas entendu le gong et me suis levé une vingtaine de minutes plus tard). Nos deux autres compagnons de chambre avaient beaucoup plus de peine à se lever le matin (et à dormir le soir, apparemment).

La salle de méditation

Comme dans le réfectoire, les hommes sont assis d'un côté et les femmes, de l'autre, mais la salle n'est pas coupée en deux par une cloison, cette fois-ci. Les places sont assignées le soir du jour 0. Il n'est plus possible de la changer par la suite. J'avais la place la plus proche de la sortie, tout à l'arrière de la salle : une place pratique pour sortir (toilettes, pauses, fin de la session de méditation), mais aussi exposée à tous les passages et aux courants d'air. C'était aussi un endroit privilégié pour avoir une vue d'ensemble sur la salle et, donc, sur les gens ; je ne me suis pas privé d'observer mes camarades étudiants !

Au début, je trouvais assez intéressant de méditer en groupe, comme cela faisait cinq ans que je méditais seul. Par moments, il m'était possible de ressentir une sorte de "force" émanant du groupe, une sorte de concentration commune encourageante. À l'inverse, à d'autres moments (la plupart du temps, en fait), les distractions semblaient s'amplifier les unes les autres : soupirs, raclements de gorge, éternuements, personnes qui bougent, qui quittent la salle, bruits de digestion, etc.

Plusieurs fois durant les dix jours de cours, nous étions appelés auprès de l'enseignante, par groupes. Le but était de vérifier que nous comprenions bien les instructions et que nous faisions des progrès au fil du temps. Durant ces moments, nous nous asseyions aux pieds de l'enseignante, qui est assise à une certaine hauteur au-dessus du sol. Cette disposition est particulière. Je comprends qu'on exige un certain respect de l'enseignant, mais ce côté traditionnel (voire culte) m'a déplu.

Le chemin de promenade

Durant les trois pauses journalières après les repas, ainsi qu'à chaque petite pause de quelques minutes entre deux sessions de méditation, nous avions l'occasion d'aller nous promener dehors : les hommes, devant le bâtiment et les femmes, derrière. Le sentier accessible aux hommes fait une boucle d'environ 150 mètres, dont une partie dans la forêt. L'une des parties les plus agréables de ce sentier se situe dans la forêt, justement. Des marches ont été construites dans la pente. C'est particulièrement réussi. J'ai l'impression que beaucoup de mes camarades, comme moi, avaient une préférence pour cette partie du sentier.

La promenade était l'occasion de nous changer les idées, mais il faut bien admettre que c'était une activité très répétitive, le sentier le plus long (l'extérieur de la boucle) pouvant être parcouru en quelques petites minutes. Alors, au bout de quelques fois, on ralentit le pas ; on se met à observer chaque détail, chaque arbre, chaque plante, chaque caillou, parfois par intérêt sincère, d'autres fois suite à un effort un peu plus conscient pour prendre son temps, ralentir son rythme.

Côté animaux, il y avait un ou deux écureuils, un nid de guêpe dans le sol, quelques rares chats, des limaces et des escargots par temps de pluie et, étonnamment, très peu d'oiseaux. Ça n'est donc pas de ce côté-là que nous trouvions du divertissement.

Parfois, malgré notre isolement relatif, nous entendions des bruits du "monde extérieur". Lorsque le vent soufflait plus fort, les éoliennes faisaient un bruit d'avion de ligne volant un peu bas. Je compatis désormais un peu plus avec les gens qui s'opposent à ce genre de projets. Un chien, peut-être un peu abandonné par ses propriétaires, se faisait régulièrement entendre. Côté véhicules motorisés, notre quartier était plutôt calme, mais on en entendait tout de même de temps en temps. Quelques entraînements de tennis changeaient soudainement l'ambiance. Nous arrivions à comprendre certaines discussions entre l'entraîneur et les enfants. Des cris déchirants s'échappaient parfois d'un établissement médico-social voisin, généralement très silencieux. Triste. Enfin, un jour, nous avons eu droit à un ballet d'avions de voltige. Tout cela peut sembler beaucoup, mais, en réalité, l'endroit où nous étions était en général très calme. Beaucoup plus calme que la plupart des endroits que j'ai l'habitude de fréquenter.

Dans la pratique, comme nous nous étions engagés à ne pas communiquer entre nous d'aucune manière que ce soit, y compris visuellement, nous devions donc éviter le regard des autres étudiants. Pas évident, sur un sentier, lorsqu'on croise quelqu'un. Au début, la démarche semble bizarre, puis l'on s'habitue.

Au fur et à mesure que les jours passaient, des petits monuments apparaissent le long du chemin : une sorte de petite tombe dédiée à une pomme de pin (à l'origine construite par Thomas, si je me souviens bien), des petits totems faits de branches et de feuilles, etc. Il s'agissait parfois d'oeuvres collaboratives, j'imagine. Je suis resté spectateur de ces petites oeuvres amusantes.

Le centre Dhamma Sumeru
Le périmètre du cours (et donc de la promenade) était délimité par une petite cordelette avec un message en français et en anglais nous demandant de "rester dans les limites du cours". C'est là qu'on voit le côté un peu fou de notre démarche : cette cordelette aurait été facile à enjamber ; personne ne nous aurait empêché de le faire ; mais personne ne l'a fait. Entre les arbres, je pouvais entrevoir ma voiture sur le petit parking du centre. Je me suis souvent imaginé aller jusqu'à elle, "juste pour voir". Je ne l'ai évidemment jamais fait. Si je n'ai jamais vraiment voulu quitter le cours, j'aurais souvent voulu être ailleurs. Juste pour un instant.

L'organisation du cours et d'une journée typique

Les 10 jours de cours suivent un horaire très strict et qui ne varie quasiment pas :
  • 4h00 : réveil (gong)
  • 4h30-6:30 : méditation (dans la salle ou la chambre)
  • 6h30-8:00 : petit-déjeuner et repos
  • 8h00-9:00 : méditation dans la salle (obligatoirement)
  • 9h00-11:00 : méditation dans la salle ou dans la chambre selon les instructions de l'enseignant
  • 11h00-12:00 : déjeuner
  • 12h00-13:00 : entretiens individuels avec l'enseignant (facultatif) ou repos
  • 13h00-14:30 : méditation (dans la salle ou la chambre)
  • 14h30-15:30 : méditation dans la salle (obligatoirement)
  • 15h30-17:00 : méditation dans la salle ou dans la chambre selon les instructions de l'enseignant
  • 17h00-18:00 : collation/goûter
  • 18h00-19:00 : méditation dans la salle (obligatoirement)
  • 19h00-20:15 : discours de S. N. Goenka
  • 20h15-21:00 : méditation dans la salle (obligatoirement)
  • 21h00 : questions à l'enseignant (facultatif) ou coucher
L'après-midi du jour 0 est consacré aux inscriptions (entre 14h00 et 17h00), puis à la première méditation (vers 20h00).

Le jour 11, quant à lui, est consacré à la dernière méditation (à 4h30), à un dernier discours de S. N. Goenka, au rangement des chambres, au petit-déjeuner (à 7h00), puis au rangement du centre.

Durant le jour 4, la technique Vipassana à proprement parler est présentée et l'horaire de l'après-midi est légèrement différent.

Le jour 10 (levée du silence) est officiellement un jour moins sérieux, avec moins de méditation.

En tout, on parle quand même de 10 heures et demie de méditation planifiées par jour. Disons 9 heures et demie effectives en comptant les déplacements, les pauses, etc. Soit presque 100 heures en tout durant tout le cours. Plus de 90 heures de manière certaine. C'est beaucoup. C'est en général le temps que je consacre à la méditation sur une année et demie !

On parle donc bien d'un stage intensif de méditation.

La technique de méditation

Les trois premiers jours de cours ont été consacrés à une technique basée sur la respiration (ānāpānasati). Le jour 1, il s'agissait de se concentrer sur la respiration au niveau du nez en général. Le jour 2, si je me souviens bien, la zone a été réduite légèrement, puis le jour 3 a été consacré entièrement à une région encore plus petite, une sorte de triangle entre la lèvre supérieure et les narines (la "zone de la moustache"). Imaginez-vous en train de vous concentrer sur quelques centimètres carrés de peau durant neuf à dix heures !

Durant les 6 jours suivants (jours 4 à 9), c'est la technique de méditation Vipassana à proprement parler qui a été enseignée. Sans entrer dans les détails, il s'agit de se concentrer sur les sensations ressenties à la surface du corps, de la tête aux pieds, puis des pieds à la tête, de manière répétée. Selon les sensations ressenties (aucune, sensations subtiles, sensations grossières), différentes manières de parcourir le corps sont proposées.

Dès le jour 4, nous nous sommes engagés à ne pas bouger (ou presque) durant les trois sessions de méditation de groupe de la journée. Le but n'était pas de nous torturer, mais d'essayer autant que faire se peut de ne pas changer de position (i.e. de ne pas bouger les jambes et les bras). Cela signifiait donc aussi ne pas sortir de la pièce (p. ex. pour aller aux toilettes). J'ai trouvé l'exercice intéressant. Cette exigence changeait forcément la manière d'aborder l'exercice. Elle lui donnait un sérieux que nous n'avions pas lorsque nous pouvions bouger (plus ou moins) librement et même quitter la pièce pour une raison ou une autre.

A plusieurs reprises durant les derniers jours, j'ai atteint un état que je n'avais encore jamais connu durant mes cinq premières années de méditation. Il s'agissait d'un état agréable, une sensation "électrique", comme si le corps se "dissolvait". Il est difficile de mettre des mots sur cette expérience, mais c'est quelque chose de très singulier. C'est un état que je n'ai pas réussi à atteindre à nouveau depuis (en tout cas pas de manière aussi intense).

De manière générale, les instructions données tout au long du cours ont été très répétitives. S. N. Goenka parle (parlait) de manière très lente, monotone, ennuyeuse. Ennuyeuse. Monotone. Très ennuyeuse. Et répétitive. Très répétitive. (Je n'arriverai jamais à transcrire fidèlement cet ennui par écrit, je crois, mais l'idée est là.)

La douleur

Dans la salle de méditation, nous avions chacun une place sur un matelas de méditation, assis par terre. De petits coussins étaient à notre disposition, pour notre confort, mais j'ai tout de suite eu mal un peu partout (dos, jambes, etc.). J'ai essayé toutes les positions (y compris agenouillé). Je me suis finalement retrouvé assis sur une pile de 9-10 coussins, une sorte de tabouret improvisé, les jambes tenues par mes mains. C'était une position un peu ridicule et toujours inconfortable, mais malgré tout la moins pire de toutes celle que j'ai essayées.

Le jour 3, j'ai demandé au manager du cours un tabouret de méditation, les douleurs devenant vraiment intenses. Il m'a demandé d'en discuter avec l'enseignante, exceptionnellement en dehors des heures prévues pour cela. (Et, oui, nous avions le droit de communiquer avec les personnes organisant le cours, si nécessaire. Je l'ai toujours fait en chuchotant et uniquement concernant ce problème de douleur.) L'enseignante m'a dit qu'à moins d'une blessure, la douleur était normale et m'a invité à essayer encore un jour sans aide. Après le jour 4, j'ai finalement fait avec ma douleur, qui s'est stabilisée.

Pas mal de gens (10-15% ?) avaient des chaises (pour les plus âgés), des "dossiers bas" (des chaises sans pieds - je ne sais pas comment cela s'appelle), des coussins de méditation plus volumineux ou des bancs de méditation. Il était donc tout à fait possible d'obtenir une aide, en cas de problème médical ou de douleur trop importante.

Une certaine douleur, un certain inconfort était toutefois attendu et faisait partie de l'expérience. D'un côté, je comprends l'idée. D'un autre côté, je trouve cela presque dommage. Méditer sur une chaise est pour moi une expérience plus intéressante, qui n'élimine pas totalement l'inconfort.

La philosophie (les discours)

Je m'étais préparé à l'idée que certaines choses ne soient pas en adéquation avec ma vision du monde. Dans la pratique, j'imagine que je peux plus ou moins adhérer à 60-80% de ce qui a été dit par S. N. Goenka dans ses discours. La méditation Vipassana vient directement du bouddhisme, donc je m'attendais à rencontrer certains concepts ésotériques. Je n'ai pas été déçu : il a été question à quelques reprises de karma et, surtout, de réincarnation ; ce dernier mot n'a jamais été prononcé, mais c'est bien de cela qu'il s'agissait.

D'autres concepts pseudo-scientifiques ont été mentionnées, si je me souviens bien, mais c'est surtout la légèreté avec laquelle S. N. Goenka présentait certains de ses arguments qui m'a parfois déçu (biais cognitifs, erreurs de raisonnement, etc.). S. N. Goenka n'est ni un scientifique ni un philosophe. C'est un ancien homme d'affaire qui vante les mérites de la méditation, parfois en se basant sur de bons arguments, parfois pas.

Ce que j'ai toutefois apprécié, c'est l'idée, selon S. N. Goenka, que la technique Vipassana peut être pratiquée indépendamment de toute religion, qu'elle a un côté universel. Je suis d'accord avec lui. C'est vrai d'une technique de méditation très épurée comme Vipassana, mais aussi d'autres techniques de méditation. Et c'est probablement là que je cesse d'être convaincu. S. N. Goenka ne jurait que par Vipassana. Cette obstination a selon moi un côté religieux, malgré le fait qu'il tentait de la justifier par des arguments vaguement scientifiques ou rationnels.

Les chants

La première fois que j'ai entendu les chants de S. N. Goenka (au début du jour 1 ou le soir du jour 0, je ne me souviens plus), j'ai été très étonné. Il s'agit de chants (essentiellement ?) en pali, peu mélodieux, peu rythmés, répétitifs, chantés avec une voix grave et rauque. Bref, je ne suis pas fan. Au début, je pensais que nous n'allions entendre cela qu'une fois, mais ces chants ont ponctué toutes les sessions de méditation de groupe, ainsi que les sessions avant le petit-déjeuner (plus longuement).

Selon S. N. Goenka, ces chants sont censés encourager les étudiants, mais, souvent, cela m'empêchait de me concentrer sur ma respiration ou mes sensations.

Un autre point négatif : quoi qu'il s'en défende, les chants de S. N. Goenka donnent un côté culte aux sessions de méditation de groupe. Malgré cela, avec les jours, j'ai fini par m'y habituer. Parfois, les chants en fin de session étaient synonymes de libération (de la souffrance, de l'inconfort ou de l'ennui). D'autres fois, ils marquaient simplement la fin d'une session "réussie" et devenaient donc synonymes d'une petite victoire.

Paradoxalement, ce sont les chants des premières heures de méditation, les plus longs, auxquels je me suis particulièrement attaché, surtout le "chant de départ", durant lequel S. N. Goenka et sa femme se lèvent et s'éloignent lentement du micro, tout en continuant à chanter. Cet effet a un je-ne-sais-quoi de dramatique qui me plaisait bien.

Un matin, nous avons eu droit à un chant très rythmé. Je n'ai pas pu m'empêcher de m'imaginer un beat à la batterie derrière ce chant très énergique, qui aurait presque pu faire partie d'un mix d'un DJ (style Cut Chemist).

L'absence de divertissement

Avoir mal, méditer plus de neuf heures par jour, ne pas pouvoir parler avec les autres étudiants, tout cela était déjà difficile, mais, le pire, c'est que nous n'avions même pas l'occasion de faire de véritables pauses, le soir ou le week-end. Pas de smartphone, tablette, laptop ou autres, pas d'internet, pas de communication avec l'extérieur, pas de lecture, pas d'écriture, pas de musique, pas de films, pas de séries. Rien

Comme je l'ai expliqué, les promenades étaient le seul divertissement possible durant les pauses plus longues (après les repas). Quelques fois, j'ai fait de petites siestes (sans vraiment dormir). Je sais que plusieurs de mes camarades le faisaient régulièrement. Parce qu'ils étaient fatigués, mais aussi pour que le temps passe plus vite, sans doute. Je ne l'ai pas fait, mais il aurait également été possible de faire quelques petites lessives à la main, chaque deux jours. Pour que le ménage devienne un divertissement potentiel, il faut vraiment que l'ennui atteigne un niveau très élevé...

Ce que j'ai découvert le neuvième jour (un peu tard, donc), après des promenades dans le froid et sous la pluie, c'est que la douche peut également devenir un moment très agréable. Ce jour-là, je me suis douché trois fois...

Evidemment, il aurait également été possible de profiter des pauses pour... méditer. Je ne connais personne ayant poussé la masochisme jusqu'à ce point.

Bref, je ne me suis jamais trouvé dans une situation similaire aussi longtemps. Je me souviens d'un court passage au chalet familial il y a une vingtaine d'années. J'avais prévu de réviser pour des examens. Probablement durant une semaine. Je n'avais que la lecture et la radio comme divertissements. J'ai coupé court à cette expérience au bout de 2-3 jours, tellement l'ennui m'était insupportable.

Nous avons donc goûté à une forme de vie monastique. Cette expérience a-t-elle été éclairante ? Difficile de le dire. J'ai réalisé que j'ai besoin de plus que méditer, manger, dormir et me promener sur le même bout de chemin tous les jours pour avoir l'impression que je vis une vie satisfaisante, mais, ça, je n'avais pas besoin d'un cours Vipassana de dix jours pour le savoir. Je peux certainement me passer d'internet durant plusieurs jours. Ça, c'est intéressant à savoir, mais, à nouveau, je le savais déjà de la période de ma vie où je partais en vacances sans smartphone (il y a une dizaine d'années).

J'imagine que le plus intéressant, finalement, c'est que j'ai besoin de lecture (livres, articles) et d'écriture (journal, blog) dans mon quotidien, mais j'ai aussi besoin de parler à des gens et, ça, pour l'introverti et timide maladif que je suis, ça n'est pas forcément évident. J'aime avoir du temps pour moi, seul, en silence. J'ai besoin de cela plus que la moyenne des gens, mais je ne peux pas non plus passer des jours sans communiquer avec des gens. Je ne suis probablement pas fait pour cela.

Pour ce qui est de l'absence d'écriture, cela a été particulièrement gênant sur la fin, car il y avait un certain nombre de choses que je ne voulais pas oublier de mon expérience et, lorsqu'il est impossible de vider sa tête, de mettre les choses par écrit, mémoriser une liste d'idées accapare beaucoup d'énergie et d'attention. Sur ce point, S. N. Goenka avait également tort : pouvoir écrire au moins quelques idées, quelques mots chaque jour m'aurait été bénéfique et m'aurait permis de me concentrer plus sur la méditation. A un moment, j'ai été tenté de "tricher", mais je n'ai pas trouvé le moindre stylo dans mes affaires...

Jour 4 : une larme pour mon fils

Le jour 4 a été très particulier. C'était le jour où la technique Vipassana nous était présentée. J'étais plus fatigué et, donc, plus émotif que les jours précédents. Durant l'heure de méditation collective du matin, le visage de mon fils, alors âgé de trois mois et demi, parti en vacances avec ma femme et mes beaux-parents, m'est soudainement apparu très clairement, doux et souriant. J'ai eu très envie de le prendre dans mes bras et de l'embrasser. Une larme s'est mise à couler sur ma joue. Je l'ai laissé descendre jusqu'à mon cou.

Jour 4 : bad trip méditatif

Le jour 4, toujours, l'après-midi a été organisé un peu différemment. Nous avons eu deux heures de méditation collective obligatoire, pour que la technique Vipassana puisse nous être enseignée. Ces deux heures ont été très intenses. Durant les trois premiers jours, les explications étaient répétitives, mais simples. Là, durant ces deux heures, nous avons eu droit à de nombreuses explications, de manière assez dense, moins répétitive. Il y avait beaucoup d'information à emmagasiner en peu de temps.

Depuis le début de cette session de méditation, nous nous engagions aussi à garder les yeux fermés en permanence et à ne pas bouger du tout (dans la mesure du possible). Cela a été très douloureux, pour moi, physiquement, mais j'ai aussi eu une montée d'anxiété un peu étrange. Il y avait de la fatigue et de l'émotion, comme je l'ai expliqué, le fait que mon fils me manque.

Je ressentais donc une certaine tristesse, mais aussi quelque chose de l'ordre de la paranoïa, qui s'est développée petit à petit. Cela me semble bizarre de l'écrire ainsi, mais j'avais l'impression d'être observé par l'enseignante (et peut-être par "quelqu'un d'autre" - mais qui ?), même si cela n'était très probablement pas le cas. Je ne devais pas bouger. Je ne pouvais pas ouvrir mes yeux. La douleur était de plus en plus forte. Tous mes questionnements ont ressurgi. "S'agit-il d'un culte ? Que fais-je là, loin de ma famille et de mon quotidien ?"

Puis, vers la fin des deux heures, j'ai entendu un bruit. S'agissait-il de sanglots ? Ou de simples reniflements ? Ce doute a augmenté mon anxiété. J'ai commencé à me dire qu'il y avait réellement quelque chose de malsain dans l'air. Au bout des deux heures, au moment de quitter la salle, j'ai effectivement vu un de mes camarades en pleurs. Personne ne semblait l'aider. Mais l'aider dans quel but ? Il n'était pas en difficulté. Il était simplement assis en train de pleurer. La scène m'a toutefois été très désagréable. J'ai appris plus tard qu'une personne en tout cas était restée proche de lui, pour le soutenir par sa présence.

Bref, je suis sorti de ces deux premières heures de méditation Vipassana dans un état vraiment très étrange, plein de tristesse, d'anxiété, de peurs, avec de la douleur physique dans mon dos et mes jambes. Puis je suis allé me promener et, petit à petit, je suis revenu à la réalité. Les arbres, l'air frais, tout cela m'a fait du bien et m'a permis de redevenir un peu plus objectif. J'avais juste eu un peu plus mal que d'habitude au dos et aux jambes, durant une journée émotionnellement difficile. Mon camarade en pleurs semblait quant à lui avoir traversé une expérience cathartique. Rien de dramatique. J'avais l'impression de sortir d'un tunnel. Ou d'un cauchemar.

Des visiteurs du passé

On m'avait averti qu'un cours Vipassana de dix jours pouvait faire ressurgir des éléments négatifs du subconscient. Pour moi, le jour 4 en a été la preuve. En dehors de l'ennui et de la douleur, les autres jours ont été plutôt normaux.

J'ai toutefois vécu une expérience inédite, quelque chose qui ne m'était jamais arrivé auparavant. Je ne sais plus quand le phénomène a débuté, mais des visages me sont régulièrement apparus durant mes sessions de méditation. Il s'agissait la plupart du temps de personnes que je n'avais pas vues depuis très longtemps (peut-être 15-20 ans, pour les premières). Je les voyais très clairement, comme si je possédais une mémoire photographique (ce qui n'est pas le cas). Il ne s'agissait pas de rêves éveillés, avec un scénario compliqués. Non, je voyais juste des visages, statiques, comme si j'étais en train de regarder une photo, que je pouvais analyser dans ses moindres détails. C'était une sensation vraiment extraordinaire !

Sans chercher à ce que ce phénomène persiste, d'autres visages me sont apparus avec les heures, puis les jours qui passaient. Globalement, je dirais que ces personnes surgies du passé étaient associées à des périodes de plus en plus anciennes de ma vie (jusqu'à l'âge de 4-6 ans environ).

Je me demande si ces "hallucinations" photoréalistes étaient causées par la méditation prolongée, par l'absence de divertissement, par le fait que j'évitais le regard des autres personnes ou par une combinaison de tous ces facteurs. Une chose me paraît certaine : mon cerveau avait besoin de voir des visages. Il me le faisait comprendre de manière très intense, très évidente.

Jour 10 : rupture du silence et debriefing

Le jour 10, à la fin d'une session de méditation de groupe, vers 10h, nous avons pu "rompre le silence". Juste après être sorti de la salle de méditation, je suis monté à l'étage pour aller aux toilettes. En ouvrant la porte pour en sortir, j'ai soudainement entendu un brouhaha absolument assourdissant provenant du rez-de-chaussée (du réfectoire). Un tel bruit dans ce lieu habituellement silencieux m'a paru absurde. J'ai hésité à descendre les escaliers. Puis je me suis décidé et ai rejoint la foule en discussion.

Cela me faisait très bizarre de parler à nouveau. J'avais communiqué très ponctuellement avec le manager du cours et l'enseignante, mais en chuchotant. Mes cordes vocales n'étaient donc plus habituées à fonctionner normalement. En même temps, cela m'a fait énormément de bien. J'ai pu discuter avec mes trois voisins de chambre, puis avec de nombreuses autres personnes (en anglais et en français). Nous avons pu apprendre un peu à nous connaître.

Il y avait des gens de tous âges, disons d'une petite vingtaine d'années pour le plus jeune (un étudiant en bachelor de biologie, si je me souviens bien) à 75-80 ans pour les plus âgés. Beaucoup d'étudiants avaient aux alentours des 30-40 ans, je pense.

Quelqu'un n'ayant pas de connaissances particulières à propos de la méditation m'a fait la remarque quelques jours après mon retour à la vie normale que ce genre de cours devait attirer pas mal de gens "instables" et je dois dire que je suis un peu obligé de lui donner raison : j'ai rencontré pas mal de gens en transition professionnelle ou personnelle, en recherche de sens, d'équilibre ou de changement, etc. Il ne s'agissait pas forcément d'une majorité, mais c'était un point commun entre plusieurs de mes camarades. L'un n'empêche pas l'autre, mais j'ai également rencontré beaucoup de gens drôles, intelligents et cultivés.

Jour 11 : départ

Le cours était plus ou moins terminé, mais, le jour 11, le jour du départ, nous nous sommes tout de même levés à 4h. Pour la onzième fois. Ce jour-là, le réveil a été un peu plus difficile que d'habitude. La veille, j'étais tombé malade. Rhume : un classique. Je n'avais pas très bien dormi.

Il y a eu une dernière méditation de groupe, pas trop difficile, puis un dernier discours, plus difficile à entendre, cette fois-ci, car je me remémorais toutes les critiques négatives que nous avions pu faire la veille, sur le manque de sens critique de S. N. Goenka, en particulier.

Après notre dernier rassemblement dans la salle de méditation, il a été temps de nettoyer le centre. Mes affaires ont été vite rassemblées. Un coup d'aspirateur dans notre chambre. Le reste du centre a été rangé et nettoyé par des volontaires. J'ai fait le fainéant : j'ai laissé la feuille d'inscription se remplir et n'avais donc rien à faire. Je suis allé me promener sur le sentier réservé aux femmes, plus long que le nôtre.

Puis, pour boucler la boucle, je suis retourné me promener du côté des éoliennes et de la centrale solaire, comme à mon arrivée, le jour 0.

De retour au centre, qui s'était déjà bien vidé, j'ai discuté encore avec quelques personnes. J'ai eu de la peine à partir. Vers 9h, il devait y a voir moins de dix étudiants dans le centre. J'ai salué les personnes avec qui j'étais, puis, le coeur serré, je suis allé à ma voiture et suis parti. Le fait de conduire un véhicule m'a paru étrange. J'ai ressenti le besoin de rouler lentement. Après un certain temps, je me suis arrêté et ai donné des nouvelles à ma femme, puis à ma mère. Même impression que pour la conduite : cela m'a fait bizarre de discuter avec des gens de "l'extérieur". Le retour à la maison a été ensuite assez facile, étonnamment.

Conclusion

Je me suis régulièrement dit que ce cours Vipassana était l'une des choses les plus difficiles que j'aie faites dans ma vie. Je ne sais pas si cela a un sens de dire les choses comme cela, mais c'est ainsi que je l'ai régulièrement ressenti.

Est-ce que je referais un tel cours ? Le cerveau humain est fantastique : sa résilience fait que nous sommes souvent prêts à revivre des évènements difficiles (accouchements, etc.). Donc je dirais que cela n'est pas dans mes plans actuels, mais qui sait ? En tout cas pas avant de nombreuses années, j'en suis presque certain. Toutefois, en tant "qu'ancien étudiant", j'ai maintenant l'opportunité de suivre des cours plus longs (!), mais aussi plus courts. Je me vois déjà plus facilement refaire un cours d'un jour ou trois jours, pour rafraîchir ma technique.

Est-ce que je recommanderais un tel cours ? Pas à un débutant, à qui je proposerais plutôt une application sur smartphone (Headspace, en anglais, ou Petit BamBou, en français). J'ai été vraiment étonné d'apprendre que certains participants au cours n'avaient jamais médité de leur vie !

Les recommandations finales de S. N. Goenka (deux heures de méditation par jour et un cours de dix jours par année) sont franchement en décalage par rapport à la réalité de notre monde. Si le but est de convaincre le plus de monde possible de pratiquer la méditation Vipassana, il me semble que c'est une mauvaise approche.

S. N. Goenka propose la méditation un peu comme une solution universelle à tous les maux (si on "lit" entre les lignes - il ne le présente pas ainsi). Comme je l'ai déjà dit, cette approche me semble incorrecte. Certaines personnes ayant participé au cours bénéficieraient clairement d'autres solutions (apprentissage de méthodes de gestion du temps à la Getting Things Done, plus de sport, meilleure nutrition, psychothérapie, etc.). 

Certains des conseils de S. N. Goenka sont même carrément dangereux : il recommande de dormir une heure en moins chaque nuit pour pouvoir méditer plus. Sérieusement. Alors que nous vivons dans une société en manque de sommeil. C'est presque criminel... Et, comme je l'ai mentionné plus haut, rien sur le sport ou la nutrition.

On peut aussi se demander si 800 heures de méditation par an (si l'on suit scrupuleusement les recommandations de S. N. Goenka) sont une bonne utilisation de son temps. Si l'on souhaite développer son bien-être personnel, c'est peut-être une bonne piste, mais qu'en est-il du bonheur des autres ? Rien n'a vraiment été dit sur le sujet. Suffit-il d'être heureux pour rendre les autres heureux ? Je n'en suis pas sûr.

En définitive, je suis content d'avoir fait cette expérience. J'ai découvert une nouvelle technique de méditation, vécu des choses que je n'avais jamais vécues auparavant, testé ma tolérance à l'absence de divertissement et fait des rencontres enrichissantes. L'enseignement de S. N. Goenka m'a toutefois laissé sur ma faim. J'ai besoin d'une approche plus moderne de la méditation, plus scientifique (et non pseudo-scientifique), plus critique et mieux intégrée à ma vie actuelle. Ce que je lis et entends de la part de Sam Harris depuis des années maintenant sur le sujet me paraît correspondre plus à mes attentes, par exemple. Il vient de sortir une application pour smartphone, que je n'ai pas encore testée. Pour l'instant, j'ai cessé d'utiliser Headspace et je pratique encore la méditation Vipassana. On verra si je ressens le besoin de passer à autre chose prochainement.

Wednesday, August 22, 2018

Retraite Vipassana : avant

Lorsque j'ai commencé à rédiger ma bucket list (c'est-à-dire ma liste de choses à faire avant de mourir), l'année passée, j'ai assez naturellement ajouté une entrée "Faire une retraite méditative". Cela fait longtemps que j'y songe. En tout cas depuis que j'ai commencé à méditer en 2013.

Cette année, l'occasion s'est présentée. Ça a commencé presque sur un coup de tête. J'ai vu, un peu par hasard, qu'un cours de dix jours tombait précisément sur une période qui m'arrangeait. Problème : le cours était complet ; mais il était possible de s'inscrire sur une "longue liste d'attente", ce que j'ai fait. Je pense que c'est précisément le fait de voir qu'il y avait une telle liste d'attente qui m'a motivé à m'inscrire. Pour moi, c'était presque une inscription symbolique, qui n'allait jamais déboucher sur quoi que ce soit de concret. Une sorte de premier pas timide.

Puis j'ai commencé à en parler autour de moi, en particulier au travail, pour anticiper une éventuelle absence de ma part. Il y a deux semaines, lorsque j'ai appris qu'une place s'était libérée et que j'étais finalement inscrit au cours, un de mes premiers réflexes a été d'en parler avec mon responsable au travail, de faire un point complet sur mes tâches et de valider le fait que je pouvais (ou non) m'absenter. Nous sommes une petite équipe. Nous avons récemment accueilli deux nouveaux stagiaires. Il s'agissait pour moi d'être très clair sur mes priorités professionnelles. Rapidement, mon responsable a validé le fait que mon absence n'allait pas être problématique. Ces derniers jours, je me suis donc concentré de manière très stricte sur mes tâches les plus prioritaires. En temps normal, j'essaie plutôt d'atteindre un équilibre entre les tâches prioritaires et celles qui le sont moins mais "qui font du bien" (les bugs peu importants qui traînent depuis des mois ou des années, par exemple). Pas ces derniers jours. Mon départ m'a donné une vision très claire de ce que je devais faire.

Je vais donc bientôt passer dix jours complets (plus une demi-journée d'accueil et une demi-journée de "retour à la normale") dans un centre Vipassana. Je suis un peu excité et en même temps inquiet. Des centaines de milliers de personnes sont déjà passées par là, mais je sais que ces cours de dix jours sont difficiles, que certaines personnes abandonnent en cours de route.

Je dirais que mes inquiétudes principales sont :
  1. Le lever à 4h tous les matins. Je ne suis pas très matinal. Si je me lève à 6h30, pour moi, c'est tôt. Il m'arrive régulièrement de me lever à 7h ou 7h30. Mes journées de travail s'étalent en général plutôt de 9h à 18h. Durant le cours, l'heure du coucher sera 21h30. Si je calcule bien, cela fait six heures et demie de sommeil au maximum, alors que je suis un gros dormeur : j'apprécie pouvoir dormir neuf heures et il m'en faut huit au minimum par nuit pour être raisonnablement en forme la journée.
  2. Je suis habitué à des sessions de méditation de quinze ou vingt minutes, assis confortablement sur une chaise (ou sur le bord du lit). Durant le cours, il y aura une dizaine d'heures de méditation par jour et, si je comprends bien, la position officielle est la position assise, mais par terre, sur un coussin. Je n'ai jamais vraiment essayé de méditer ainsi, mais je suis prêt à parier que c'est une position inconfortable. Dix heures par jour. Durant dix jours. Donc une centaine d'heures. Ça fait beaucoup.
  3. Les chambres sont communes (si j'ai bien compris). Deux ou quatre personnes par chambre. Je n'espère pas plus. Je suis une personne qui apprécie un certain confort. Disons que je suis plutôt hôtel que camping. Je prendrai mon oreiller et des bouchons pour les oreilles. J'espère que ça suffira pour que les nuits se passent bien. De toute manière, avec des nuits aussi courtes, j'imagine que l'endormissement deviendra de plus en plus facile avec les jours qui passent...
  4. Pas de communications avec l'extérieur. Pas de téléphone. Pas d'internet. Durant le cours, je serai coupé du monde (sauf urgence, bien entendu). A la base, j'aime bien le principe, mais il est rare que je m'astreigne à une telle discipline durant une aussi longue période. Cela m'intéresse vraiment de voir comment je vais vivre cela.
  5. Pas de lecture. Ni livres ni articles. Rien. Aucun "matériel de lecture". Alors que je lis quotidiennement. En d'autres circonstances, ça ne me poserait pas trop de problème, mais, dans ce contexte, cela rendra l'ennui encore plus difficile à vivre.
  6. Pas d'écriture. J'écris un journal intime depuis 25 ans maintenant et j'écris des résumés quotidiens de mes journées depuis 15-20 ans. C'est un moyen de vider ma tête. Je pense que c'est une habitude qui va me manquer. Le fait de ne pas non plus pouvoir noter mes idées, mes réflexions, les choses qu'il ne faut pas que j'oublie, etc. va être un défi pour moi.
Ce qui pourrait poser problème, mais me plaît assez comme idée a priori : le silence ; le fait de ne pas pouvoir communiquer avec les autres personnes du cours, ni verbalement, ni indirectement (gestes, regards, etc.). Ce sera un défi également, mais en tant qu'introverti, cela ne me semble pas trop compliqué.

Ce qui ne devrait poser a priori aucun problème : la nourriture végétarienne.

Une inquiétude que j'ai pu dissiper en lisant divers articles sur Internet : le côté religieux/sectaire de ce genre de cours. L'origine de l'enseignement est clairement bouddhiste. Je suis athée. Je ne voulais pas mettre les pieds dans une sorte de culte ou de secte. L'exercice reste très axé sur le bouddhisme, mais, selon des non-croyants que j'ai pu lire, il est adapté pour des gens de tous bords. Le cours est gratuit. Des dons volontaires sont possibles en fin de cours. Les enseignants ne sont pas rémunérés. Cela me semble plutôt sain.

Je pars donc avec quelques petites inquiétudes, mais aussi beaucoup de curiosité !

Tuesday, October 25, 2016

L'écriture spontanée : une alternative à la méditation ?

J'aime bien me laisser inspirer par Buster Benson. Ma vision du monde dérive partiellement de son codex. Comme lui, j'aime bien faire des revues annuelles. Il a un côté geek assumé qui me plaît beaucoup. C'est donc avec un intérêt marqué que j'ai lu au début de cette année son article "Better than meditation", dans lequel il décrit les difficultés qu'il a rencontrées en tentant de faire de la méditation une pratique régulière. Il y explique aussi qu'il a finalement trouvé dans l'écriture spontanée une alternative sérieuse à la méditation, qui marche bien mieux pour lui.

Je me suis donc inscrit sur un site que Buster a lancé, 750 Words, et ai joué le jeu durant toute la période d'essai. Durant un mois, en avril 2016, j'ai écrit 750 mots par jour, tous les jours ou presque (29 jours sur 31, pour être exact). L'idée de l'écriture spontanée est de se forcer à écrire, sans arrêt, durant une durée ou un nombre de mots donnés. En l'occurrence, il s'agit d'atteindre 750 mots à chaque session d'écriture. On peut écrire sur tout ce qui nous passe par la tête. En cas de panne, il est possible d'écrire n'importe quoi, sans forcément respecter les règles grammaticales. Le but est de continuer à écrire, coûte que coûte. En réfléchissant le moins possible. Pas de plan. Pas de correction. Le texte doit être écrit du début à la fin, sans retour en arrière. 750 mots correspondent environ à trois pages. Pour ma part, je parviens à écrire cette quantité de mots en un peu plus d'un quart d'heure.

Le site 750 Words est bien réalisé. L'interface est épurée. L'éditeur de texte, la fonctionnalité principale du site, est simple. Un compteur affiche en permanence le nombre de mots écrits. Le texte est sauvegardé automatiquement, à intervalles réguliers. Aucun bug ne vient interrompre le processus d'écriture, sur lequel on peut se concentrer complètement. A la fin de chaque session, il est possible de visualiser des statistiques, sur la dernière session, mais également sur l'ensemble des sessions d'écriture. Les textes écrits restent privés, bien entendu. Il est possible de les exporter facilement.

C'est d'ailleurs ce que j'ai fait dès mai 2016. Passé la fin du mois d'essai sur 750 Words, il aurait fallu que je paie pour continuer à utiliser le site. J'ai trouvé le prix demandé (5 dollars par mois, soit 60 dollars par an) beaucoup trop élevé par rapport aux fonctionnalités proposées. J'aurais été prêt à payer 12 dollars par année, à la rigueur (et encore...). A 60 dollars par an, 750 Words se trouve juste en dessous du prix de Headspace, par exemple, qui propose pourtant beaucoup plus de contenu et de fonctionnalités.

Je me suis donc mis à utiliser le premier éditeur en ligne gratuit proposant un compteur de mots que j'ai trouvé : Dillinger. A la base, il s'agit d'un éditeur Markdown, mais il est possible de l'utiliser comme éditeur de texte pur (i.e. sans mise en page). Pour mesurer le temps, je tape juste "timer" dans Google (mode chronomètre). Enfin, je copie-colle le résultat dans un document Google Docs. C'est à peine plus compliqué que 750 Words. Evidemment, je n'ai pas de statistiques concernant mes sessions d'écriture, mais l'essentiel est là : l'écriture spontanée.

Depuis le mois de mai, j'ai également diminué la fréquence de mes sessions d'écriture, passant à une ou deux sessions par semaine, puis finalement à une session seulement par semaine. Comme je médite déjà chaque jour et que je tiens également à jour un journal personnel, il me paraissait trop contraignant de continuer à maintenir une session d'écriture spontanée par jour. Pour référence, mon journal personnel pour 2015 contient 155'851 mots, ce qui correspond déjà à 427 mots par jours.

Quelles sont mes conclusions concernant l'écriture spontanée ? Tout d'abord, je vois bien le lien avec le méditation. Dans un cas comme dans l'autre, il peut s'agir d'un moyen de "canaliser" nos "voix dans nos têtes". De les observer. De les accepter. Il s'agit aussi d'être le plus possible dans le moment présent. Dans la pratique, il me semble toutefois que l'écriture spontanée s'apparente beaucoup plus à un journal personnel, à un blog, qu'à une tentative de découvrir la véritable nature de notre esprit.

Il me semble que la méditation est également plus exigeante. L'écriture spontanée consiste à maintenir son attention, à être dans le moment présent, en continuant à faire quelque chose d'actif (i.e. écrire). La méditation, elle, consiste également à maintenir son attention, à être dans le moment présent, mais en "ne faisant rien". Ou, tout du moins, en se concentrant sur quelque chose qui est déjà là, comme la respiration.

J'ai toutefois retrouvé un plaisir certain à écrire de manière plus spontanée, comme je le faisais lorsque j'étais adolescent. Mon journal personnel est aujourd'hui devenu quelque chose de plus contraint. Je raconte ma journée, le plus souvent chronologiquement. J'y inclus quelques commentaires, plus libres. Je ne rédige pas de phrases. J'essaie d'être le plus concis possible. Il correspond presque à ce qu'on pourrait appeler en informatique un journal des évènements (event log, en anglais)

Pour moi, ces deux activités (écriture spontanée et méditation) sont donc complémentaires. J'ai retrouvé quelque chose qui m'avait manqué, l'écriture spontanée, qui vient désormais compléter mon journal personnel, plus concis, moins créatif. La méditation, quant à elle, est un exercice moins mécanique, peut-être, plus intellectuel, et qui s'intègre plus à ma vie de tous les jours (exercices réguliers tout au long de la journée).

Tuesday, February 2, 2016

Point méditation : trois ans de pratique

Je me suis mis à la méditation il y a trois ans, en janvier 2013. Depuis, j'ai médité 425 fois, durant 138 heures au total, soit presque six jours en continu, ce qui semble à la fois énorme et dérisoire (seulement six jours de méditation sur une période de plus de 1100 jours ?).

J'utilise toujours l'application de méditation guidée Headspace. J'ai depuis terminé le programme initial de 365 jours et suis passé à la "version 2" de l'application, qui consiste en un ensemble de paquets de sessions thématiques (stress, sommeil, créativité, générosité, etc.). Il s'agit d'une approche plus personnalisée, en quelque sorte.

J'aurais pu passer à une pratique de la méditation complètement silencieuse, en utilisant un simple timer. Je suis probablement suffisamment "formé" pour cela. Mais j'ai tout de même ressenti le besoin de continuer la formule que propose Headspace, pour plusieurs raisons.

D'abord, Headspace présente plusieurs types de sessions, certaines mettant l'accent sur la respiration, d'autres sur des exercices de visualisation (de soi, d'autres personnes, etc.). Il me semble utile de répéter toutes ces formes de méditation, jusqu'à ce que je les aie vraiment assimilées. Et, pour cela, il me paraît nécessaire d'y consacrer encore du temps, potentiellement plusieurs années.

Ensuite, comme je me suis jusqu'à présent peu intéressé à l'aspect théorique de la méditation (origines, motivations, études scientifiques, etc.), j'apprécie le côté pédagogique de Headspace. Avant et après chaque session, Andy Puddicombe, la "voix" de Headspace, donne un contexte plus global à cette activité. Il propose des exercices à réaliser durant la journée, comme celui qui consiste à prendre régulièrement conscience de nos mouvements ou de nos changements de position. Il met également en évidence les liens entre la pratique de la méditation et une certaine philosophie de vie (développement de la compassion, etc.). Tout cela me manquerait pour l'instant beaucoup si je décidais de m'en passer.

En résumé, je suis donc encore très enthousiasmé par la méditation. Difficile de dire pour combien de temps. Je ne peux pas exclure que je m'en lasse dans une année ou deux, car la question de l'utilité d'une telle pratique se pose fréquemment. J'en discutais encore récemment sur Twitter.

La méditation est-elle un pur placebo ? Je ne suis pas certain que cela ait un sens, puisqu'il n'y a pas véritablement d'intervention externe (traitement, opération, etc.). Ce qui me paraît certain, c'est que je suis souvent très détendu après avoir médité durant vingt minutes. C'est un effet positif indéniable.

Avec le temps, j'ai aussi de plus en plus l'impression de pouvoir "me souvenir" de l'état dans lequel je suis après avoir médité, tout au long de la journée, ce qui me permet de me calmer plus facilement. Comme si je développais une forme de réflexe.

Méditer, c'est aussi, comme je l'ai dit, une philosophie de vie. Pour simplifier, c'est apprendre à accepter les choses, sans se résigner. Pour quelqu'un comme moi, qui ai tendance à me révolter, à militer, ça n'est pas évident. De manière très pratique, la méditation m'aide, par exemple, à vivre avec la colère que je ressens depuis 2014 face à une situation personnelle difficile (je m'expliquerai un jour dans un article détaillé, c'est promis). Elle a donc un côté très terre à terre, utile, au jour le jour.

A l'heure actuelle, je suis donc encore loin de contempler l'illusion du "soi" que décrit Sam Harris et bien d'autres. J'ai l'impression d'être un éternel débutant.

En 2016, je compte donc pratiquer la méditation largement telle que je l'ai déjà pratiquée ces trois dernières années, en essayant d'être plus régulier (cinq sessions par semaine) et, si j'y parviens, en effectuant quelques sessions plus longues (une heure, voire plus).

Sunday, September 27, 2015

Ma rencontre avec Prince

Le titre de cet article est un clin d'oeil à mon article précédent, "Rencontre avec Matthieu Ricard". J'aimerais, ici, rendre hommage à toutes ces personnalités publiques - écrivains, musiciens, réalisateurspenseurs, etc. - dont les oeuvres et les idées jalonnent nos vies, nous changent, nous bouleversent, pour finalement nous définir.

Le lien avec mon article précédent, c'est aussi la méditation. Ces derniers jours, Andy Puddicombe, dont je suis le cours de méditation guidée Headspace, propose en guise d'exercice pratique d'essayer de percevoir les situations de nos vies quotidiennes comme s'il s'agissait d'un rêve, pour leur donner un caractère de légèreté. Tout en reconnaissant leur caractère réel. "Could it be?", demande-t-il à la fin d'une session que j'écoutais récemment.

Il s'agit d'un exercice difficile, que je ne suis pas sûr d'avoir bien compris. Mais l'idée est fascinante. Ce lien entre rêve et réalité est évidemment un thème classique, que l'on retrouve dans bien d'autres domaines que la méditation. Je pense par exemple à la filmographie de David Lynch.

Cet exercice, que je suis censé réaliser tout au long de mes journées, m'a mené à un questionnement différent, celui de la relation entre nos souvenirs et les rêves. Comment être certain que nous n'avons pas rêvé certains de nos souvenirs lointains ?

J'en reviens à Prince. Ma première rencontre avec lui - au sens figuré - date de 1989. Comme je l'expliquais il y a deux ans, il s'agissait d'un pur hasard. Mais il s'agissait aussi d'un moment charnière, qui a défini mes goûts et intérêts musicaux pour le quart de siècle à venir.

Neuf ans plus tard, en 1998, je l'ai vu pour la première fois en concert, à Zürich. Depuis, j'ai eu la chance de le voir sept autres fois, dont deux fois à Montreux en 2013.

Et puis, il y a ce moment particulier, furtif, qui semble maintenant un peu irréel. L'ai-je rêvé ? Je ne pense pas, mais je n'en ai quasiment aucun preuve. Du moins, je ne connais personne qui puisse en témoigner.

C'était le 31 octobre 2002, à 1h30 du matin, au club Kaufleuten à Zürich. Quelques heures auparavant, j'avais eu la chance d'assister à un soundcheck au Hallenstadion en présence de quelques centaines de fans - un privilège réservé aux membres du NPG Music Club -, puis à un concert de plus de deux heures avec, cette fois-ci, plus de 12'000 personnes.

Une afterparty avait été annoncée juste après le concert et je me suis empressé de m'y rendre, Prince profitant parfois de ces occasions pour jouer ses fameux aftershows, ces concerts bien plus déstructurés qu'il aime faire tardivement dans des petites salles de concerts, juste après les gros concerts des tournées officielles. Cette nuit-là, mon statut de membre du NPG Music Club m'a permis d'entrer facilement au Kaufleuten, sans faire de queue, alors que, quatre ans auparavant, arrivé en retard, j'étais resté devant les portes de ce club, bondé, pendant que Prince et son groupe jouaient...

Peu après mon arrivée, je me suis installé près de la scène, à tout hasard. Une personne m'a abordé pour me questionner au sujet de mon bracelet coloré. Je lui ai expliqué le fonctionnement du NPG Music Club, qu'il semblait ne pas connaître.

Malheureusement, ce soir-là, Prince n'était pas d'humeur à jouer encore une fois. Une main agitée depuis le balcon VIP en direction de ses fans. Une fois. Deux fois. La scène toujours vide. Au bout d'un moment, il a fallu me rendre à l'évidence : il n'y aurait pas d'aftershow.

Prince s'est toutefois décidé à descendre de son balcon, pour rejoindre la scène, désespérément vide, avec ses musiciens. Et c'est là que j'ai rencontré Prince pour la première fois, au sens propre, cette fois-ci. Je lui ai tendu et serré la main. J'ai peut-être esquissé un timide "hi". Je ne sais plus. Une simple poignée de main. Un instant qui aurait été anodin s'il ne s'était pas agi de mon idole musicale.

Tout était pardonné.

Merci, donc, Prince. Nous avons nos différends intellectuels - Témoin de Jéhovah, vraiment ? -, mais, musicalement, cela fait plus d'un quart de siècle que tu m'accompagnes, avec ta folie et ton côté décalé. Continue à ne rien faire comme les autres. Entre deux moments frustrants, tu arrives toujours à me toucher.

Saturday, September 12, 2015

Rencontre avec Matthieu Ricard

Le week-end passé, je me suis rendu pour la première fois à la manifestation Le livre sur les quais, à Morges, sur les rives sur Lac Léman. Cela faisait quelques années que nous voulions y aller. Nous avons enfin pris le temps de le faire.

Le fait que j'aille à une telle manifestation pourrait paraître étrange, vu ma résolution de ne lire plus que des livres électroniques, mais j'ai découvert avec plaisir toute une dimension que je ne connaissais pas jusque alors : la rencontre avec les auteurs.

En bref, nous avons eu l'occasion de suivre une conférence de Matthieu Ricard, une interview de Martin Suter, une table ronde avec plusieurs historiens ("Les mythes de l'histoire suisse"), ainsi qu'une lecture de Nancy Huston.

La conférence de Matthieu Ricard avait lieu sur un bateau, le Lausanne de la CGN, qui a navigué sur le Lac Léman durant plus d'une heure et demie. En soi, le concept était déjà intrigant. Je dois reconnaître toutefois que, passés les premiers moments d'étonnement, je n'ai plus beaucoup prêté attention au paysage et me suis concentré sur la conférence en elle-même.

Je n'étais pas très familier avec la vie et l'oeuvre de Matthieu Ricard. Cette rencontre a donc été l'occasion pour moi de découvrir quelqu'un dont je me suis senti beaucoup plus proche que prévu. Parmi les trois éléments principaux qui nous lient, il y a la science, le végétarisme et la méditation. Ricard a également fait référence à plusieurs personnes avec lesquelles je suis familier (André Comte-Sponville et Steven Pinker, entre autres). Cela a eu pour effet de me mettre en confiance, en quelque sorte.

Le côté religieux de Ricard aurait a priori pu être un obstacle, pour moi, mais, au final, rien de ce qu'il a pu dire en une heure et demie n'a heurté ma sensibilité de sceptique scientifique. Au contraire, son discours très raisonnable a plutôt éveillé ma curiosité.

Cela laisse songeur. Matthieu Ricard pourrait-il défendre les idées qu'il soutient sans religion ? Sans son habit quelque peu incongru de moine bouddhiste ? Probablement. Ce qui me fait penser à la thèse que développe Sam Harris dans Waking Up: A Guide to Spirituality Without Religion. D'ailleurs, Matthieu Ricard et Sam Harris sont par certains aspects assez proches dans leurs idées (méditation, neurosciences, etc.). Je trouverais très intéressant que ces deux penseurs se rencontrent, par exemple dans le contexte d'un podcast.

En attendant, j'ai une fois de plus succombé à l'appel du 1-click d'Amazon et ai commandé la version Kindle de Pladoyer pour les animaux. La lecture de cet ouvrage devrait me permettre de découvrir plus en détail la pensée de Matthieu Ricard. Et - qui sait ? - me donner quelques arguments supplémentaires pour défendre mon végétarisme.

Tuesday, October 21, 2014

Waking Up

J'ai récemment terminé de lire Waking Up: A Guide to Spirituality Without Religion de Sam Harris. En général, après la lecture d'un livre, je sais à quoi m'en tenir : je suis enthousiaste, déçu ou indifférent. Cette fois-ci, je suis plutôt perplexe.

Comme d'habitude, c'est très bien écrit et c'est l'une des qualités que j'apprécie chez Harris. On sent une réflexion importante derrière son écriture, mais cela ne se traduit pas par un style opaque ou complexe, ce qui rend la lecture de ses livres et de ses articles particulièrement agréable.

La première surprise à la lecture de ce livre est le nombre de sujets déjà abordés, parfois longuement, sur le blog de Harris : le "mystère" de la conscience, la méditation, les expériences de mort imminente (EMI), les drogues, etc. On a parfois plus l'impression de lire un recueil d'anciens articles que de véritablement lire un livre qui vient de sortir.

Au-delà de cet aspect redite et d'une certaine structure un peu décousue, il faut bien admettre que de nombreux sujets abordés dans cet ouvrage sont fascinants. Un chapitre entier est consacré à la conscience et à la difficulté qu'ont les scientifiques et les philosophes à la définir et à l'expliquer. Poussant le constat plus loin, Harris rejoint, partiellement du moins, Colin McGinn et Steven Pinker sur l'idée qu'il se pourrait que la conscience n'accepte pas d'explication "intuitive", qu'elle soit tout simplement incompréhensible, un point sur lequel je les rejoins également. Le passage sur les patients souffrant du syndrome de déconnexion interhémisphérique (split brain syndrome) est à la fois perturbant et éclairant.

Un des autres points forts du livre est la façon dont Harris parvient à séparer, systématiquement et avec un niveau de nuances au-dessus de beaucoup de ses pairs, le bon du mauvais dans les pratiques religieuses. Il le fait dès l'introduction, pour le bouddhisme, et y revient plus loin en parlant des gourous, dont ceux qu'il a été amené à rencontrer. C'est un questionnement récurrent chez les athées : quels éléments positifs les religions contiennent-elles et comment peut-on les vivre/pratiquer en dehors de toute religion (i.e. de manière laïque) ? C'est aussi et évidemment le thème général de ce livre (la spiritualité sans religion).

Enfin, pour revenir à quelque chose de plus frustrant, il faut souligner la manière dont Harris développe le thème de la méditation. Dans un chapitre entier, il passe en revue les différents types, enseignements et lieux de méditation, faisant appel régulièrement à des anecdotes. La conclusion, je crois, est que certains enseignements sont meilleurs que d'autres (le Dzogchen, en particulier), mais qu'il faut aller au Tibet ou en Inde pour trouver un gourou plus ou moins capable d'expliquer ce qu'il a appris durant des dizaines d'années de pratique de la méditation. Je caricature un peu, mais le moins qu'on puisse dire est qu'il s'agit d'un chapitre plus théorique et descriptif que pratique et pédagogique. Je médite depuis plus d'une année et demie (à l'aide de Headspace) et je n'ai rien trouvé directement dans cette partie du livre qui puisse vraiment m'aider à aller plus loin dans ma pratique.

Au final, Waking Up est un livre dont la lecture provoque plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. Ce que nous appelons "identité", "moi", "je", etc. n'est pas un concept aussi clair qu'on pourrait le croire. La méditation, au-delà des méthodes relativement ludiques et faciles d'accès telles que Headspace, peut aussi être une pratique subtile nous permettant de constater cette réalité. Comment y parvenir ? C'est une des questions auxquelles je dois encore répondre. Idéalement sans aller au Tibet...